Elles vivaient d'espoir

Elles vivaient d'espoir

Claudie Hunzinger

Grasset

  • 16 septembre 2011

    J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire, la narration étant hachée, sans cesse en aller-retour, changement de sujets ; bref, pas agréable.

    Et puis je me suis demandée : quel est le propos du livre ? L'histoire de l'amitié de deux femmes : car à aucun moment il n'est question d'amour - La vie de la mère de l'auteur avant sa naissance : car il en est question, mais pas exclusivement - La vie et l'engagement de Thérèse Pierre : sujet de l'avant-dernière partie du livre.

    Que de questions toujours sans réponse.

    Et puis, la petite Claudie le raconte très bien, elle a été élevée et bercée par "les belles lettres" françaises. Que de références, donc à la littérature nationale, ce qui a plombé quelque peu ma lecture, car tout le monde ne maîtrise pas si parfaitement la culture classique.

    Pourtant, ce roman m'a touché, sur la fin. L'engagement de Thérèse Pierre m'a ému, car je n'en connaissais rien.

    La vie de la mère de l'auteure m'a émue également, dans le dernier chapître.

    Au final, donc, un roman émouvant, malgré son aspect "brouillon".

    L'image que je retiendrai :

    La dernière, celle d'Emma écrivant à ses filles.

    Une info supplémentaire :

    De Thérèse Pierre, on ne connait que peu de chose, jeune fille effacée, d'après l'auteur. Un site, toutefois, à signaler sur cette figure de la résistance : http://memoiredeguerre.pagesperso-orange.fr/biogr/th-pierre.htm


  • 11 novembre 2010

    un premier roman parfait

    Un réel bonheur de lecture, une plume somptueuse, douce, caressante qui nous dorlote dans les méandres de cet amour au féminin pour la première partie, celle que j’ai le plus aimé. Car Emma m’a fortement impressionnée, tout en liberté et jouissance, extravagante et ivre de vie alors que Thérèse m’a émue et quelque peu effacée par la majestueuse Emma, mais dans son sillage elle finira par la suivre. Puis il y a Karl, François, tant d’amour à goûter, à dévorer…

    Quand vient Marcel enlevant Emma de sa vie fougueuse, Emma “se range” , Emma se marie, Emma devient maman, Emma n’est plus Emma. Cette deuxième partie est consacrée à la vie d’Emma en Alsace, où l’auteur nous dévoile cette partie de la France qui a été maintes fois déchirée, blessure d’être tiraillée par deux nationalités, devoir s’effacer et suivre la marche de l’imposante Allemagne.

    La troisième partie retrace le destin de Thérèse Pierre, personnage authentique qui a opéré dans la résistance bretonne. C’est Germaine qui révèle à la fille d’Emma en l’occurrence l’auteur, l’engagement de Thérèse durant la second guerre mondiale.

    La quatrième est très courte faisant office de conclusion

    Le roman n’est pas un ième X exemplaire d’histoire de guerre, aucunement ressenti cela, mais plus le destin de deux femmes, et c’est la première fois que je lis un témoignage historique côté alsacien.

    L’écriture est un pur régal, j’avais mis des post-it au début et chaque page puis j’ai du me raisonner, mon livre n’était plus qu’ailes de papillon “jaune, vert, orange…” j’ai complètement fondu à cette plume si agréable, donnant à ce récit profond et à la fois tragique un voile de tendresse.

    Superbe récit …

    Beaucoup de passages qui reflètent cet amour des mots, la poésie en filigrane accentuée par la présence de Rimbaud, Eluard… je n’ai pu que succombée, ces cahiers d’écritures, toute une atmosphère qui hume bon l’encre et le papier. Sans compter l’exubérance d’Emma qui nous entraîne follement dans l’aventure. Le punch retombe quelque peu en deuxième partie, l’autre face d’Emma est beaucoup moins éblouissante cependant touchant , on découvre cette autre femme blessée, qui écrit : Je n’ai pas encore la force d’appréhender tous les moments de ce martyre. Quelque chose en moi se dérobe. Je ne peux rattacher ces précisions horribles à l’enfant toute de tendresse et d’activité intelligente qui a aimanté mon existence pendant dix ans.

    C’est une Emma piégée et figée dans cette parenthèse particulière de l’histoire, prise entre deux feux, emprisonnée par l’amour de Marcel un personnage pas très tendre, et très attaché à ses valeurs allemandes.

    Le personnage de Thérèse est moins marqué, elle opère dans l’ombre, reste fidèle à cet amour, et jette à corps perdu dans un autre combat.


  • 29 juin 2010

    A travers ce livre, on suit l’histoire de deux femmes Emma et Thérèse à partir des années 20. Une histoire d’amour qui a débutée à Nancy quand les deux jeunes femmes préparaient le concours pour enseigner.

    Eloignées l’une de l’autre géographiquement, elles s’écrivent, n’aspirent qu’à se retrouver et à vivre leur amour. Emma consigne dans des cahiers leurs correspondances, ses idées et ses pensées. Emma au tempérament gai, découvre des auteurs, s’enthousiasme pour la littérature. Peu avant la guerre, Emma se mariera et se sentira bien seule dans une Alsace partagée. Thérèse, mutée en Bretagne se fait plus discrète, Emma n’apprendra plus tard que son engagement dans un réseau armé en Bretagne. Emma vit mal son mariage et est même distante avec ses enfants. La guerre la plongera dans un isolement et un désarroi plus grand. Arrêtée par la Gestapo le 21 octobre 1943, à Fougères, Thérèse subira des interrogatoires accompagnés de tortures telles qu’elles entraîneront sa mort, le 26 octobre 1943. Thérèse Pierre n’a pas parlé. Ses dernières paroles seront "Ils m'ont tué, mais je n'ai pas parlé".

    Emma et Thérèse ont existé et Claudie Hunzinger est la fille d’Emma. Elle s’est inspirée des cahiers de sa mère pour écrire cette histoire, le parcours hors norme de ces deux femmes. Une histoire où l’amour audacieux est retranscrit tout en pudeur. Emma semble plus insouciante que Thérèse, plus discrète, effacée. Parallèlement au récit, l’auteure décrit la montée du nazisme et la guerre qui se profile. Avec la guerre, Emma perdra beaucoup de ses illusions et son mariage n’arrange guère la situation. Deux femmes dont les trajectoires, les espoirs d’émancipation et de liberté seront brisés par la guerre. Dans la dernière partie du livre, Claudie Hunzinger part à la recherche de témoignages afin d’en savoir plus sur Thérèse et sur son engagement durant la seconde Guerre Mondiale.

    J’ai aimé ce livre, un premier roman qui aborde des thèmes que j’affectionne. Un hommage à Emma qui a transmis à sa fille le gout la littérature et à Thérèse Pierre, une héroïne qui a donné sa vie pour la résistance en Bretagne. On ne peut être qu’admiratif envers Thérèse.