Le secret de la vraie croix, d'après les notes prises par le dessinateur Bastien Topart sur ce qu'il vécut pendant l'expédition en Égypte du général Napoléon Bonaparte
EAN13
9782709629553
ISBN
978-2-7096-2955-3
Éditeur
Lattès
Date de publication
Collection
ROMANS ETRANGER
Nombre de pages
426
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
445 g
Langue
français
Langue d'origine
allemand
Code dewey
850
Fiches UNIMARC
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Le secret de la vraie croix

d'après les notes prises par le dessinateur Bastien Topart sur ce qu'il vécut pendant l'expédition en Égypte du général Napoléon Bonaparte

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PREMIÈRE PARTIE?>?>1.?>Le temple?>La bête, mi-lion, mi-aigle, nous fixait de ses grands yeux sombres. Prête à bondir, le moindre tendon étiré dans son corps puissant, elle était tapie devant le mur rocheux et sa taille dépassait de quatre ou cinq fois celle d'un homme. Ses ailes à demi déployées, semblaient donner de l'énergie supplémentaire à son bond. Un lion avec des ailes aurait déjà été bien assez insolite, mais le plus extraordinaire était la tête : ses traits étaient presque humains, et c'est précisément ce qui la rendait inquiétante.Le monstre ailé qui trônait sur les piliers fragiles était à la fois vieux et sublime, vigilant et inquiétant. J'ignorais depuis combien de siècles, de millénaires peut-être, il protégeait déjà ce lieu étrange, mais il semblait avoir conservé son effet dissuasif. Abul, notre guide indigène, tenait la tête baissée et osait à peine regarder cette silhouette massive. Le vieil homme osseux que nous avions embauché au Caire semblait heureux d'avoir été chargé de surveiller nos animaux et notre équipement, ce qui le dispensait de s'approcher de la créature terrifiante.Mon oncle s'approcha de moi, un sourire aux lèvres.— Le vieil Abul ne se sent pas trop bien dans ces lieux.— Cela semble vous amuser, mon oncle, dis-je sans interrompre mon travail.Mon crayon allait et venait sur la grande feuille de papier, dessinant une réplique fidèle du vieux temple. Il hocha la tête, songeur.— La peur d'Abul pourrait être bon signe. L'aubergiste du Caire qui m'a parlé de ce temple a évoqué une vieille superstition selon laquelle y pénétrer pourrait être mortel. Je suis extrêmement impatient de voir ce que nous allons y trouver. Et toi, Bastien, tu mettras à profit ta maîtrise du dessin pour immortaliser notre découverte au profit de l'Institut.Il parlait de l'Institut d'Égypte, que le général Bonaparte avait fondé après la prise du Caire pour dresser un état des lieux scientifique de ce vieux pays étranger où avait pénétré notre glorieuse armée révolutionnaire. Napoléon Bonaparte n'avait rien du conquérant furieux que dépeignaient si souvent ses ennemis par-delà les frontières de la France. Son intérêt pour la science était grand, et même considérable, sans quoi il n'aurait sans doute pas emporté avec lui toute une armada de savants travaillant dans les disciplines les plus diverses, ingénieurs, architectes, écrivains et dessinateurs, censés l'aider à faire du mystérieux royaume des pharaons un pays connu et exploré, ce qui ne lui ôterait rien de sa fascination. L'Institut, auquel mon oncle, le fameux archéologue Jean Cordelier, appartenait depuis sa fondation, devait servir aussi bien la science que l'amélioration concrète de l'état général de l'armée et de la population.Bonaparte prenait l'affaire au sérieux, comme le prouvait la nomination à la présidence de l'Institut du prestigieux géomètre et mathématicien Gaspard Monge, le général ayant quant à lui pris le titre de vice-président de l'Institut. Mon oncle m'avait raconté que Bonaparte prenait part aux réunions chaque fois qu'il le pouvait et avait mené plus d'un débat avec fougue.Quant à moi, Bastien Topart, issu d'un petit village voisin de Pontoise, je n'avais aucune référence scientifique à arborer, et du haut de mes vingt-trois ans, j'étais en réalité à l'âge où j'aurais dû remplir mes obligations militaires. Mais comme une blessure à la tête remontant à mon enfance m'infligeait de temps en temps de violentes douleurs, j'avais été jugé inapte malgré ma grande et solide stature. Je n'aurais donc pas pu partir pour l'Égypte en tant que soldat, et sans doute pas non plus en tant que dessinateur inconnu. On avait certes aussi besoin de mes confrères pour coucher sur le papier les merveilles de ce pays, mais la carrière plus avancée de certains d'entre eux aurait justifié qu'on leur propose ce voyage avant moi. Oncle Jean avait fait jouer son influence auprès du chimiste Berthollet, qui choisissait avec le général Caffarelli les savants et les artistes membres de l'expédition. J'avais ainsi embarqué sur l'un des voiliers de la flotte française qui avaient jeté l'ancre à Toulon au mois de mai 1798, année agitée s'il en fut, pour briser la domination anglaise sur l'Afrique et l'Asie Mineure.Un sombre sentiment s'empara de moi au souvenir de la flotte avec laquelle Bonaparte avait commencé par conquérir l'île de Malte, puis conduit son armée en Égypte. Depuis, les fiers vaisseaux reposaient dans la baie d'Aboukir, où Nelson, le diable borgne, les avait envoyés par le fond.Un cri m'arracha à mes tristes considérations.— Par ici, Messieurs ! On dirait une entrée !Celui qui criait ainsi était le sergent Kalfan, vétéran de multiples batailles, commandant les soldats qui nous escortaient et cherchaient avec zèle un accès au vieux temple. Il se tenait juste sous la bête de pierre et nous faisait signe sans arrêt, comme un appareil mécanique.— Allons voir ce qu'a découvert notre bon sergent, proposa oncle Jean. S'il s'agit vraiment d'une entrée, il aura mérité une ration spéciale de gnôle !— Pour ça, Kalfan nous la creuserait sûrement de ses mains, répondis-je en riant avant de coincer mon bloc à dessin sous mon bras et de suivre mon oncle.Plus nous approchions du temple, plus le lion ailé me paraissait puissant ; mais la fébrilité qui s'emparait de nous à l'idée que nous allions bientôt découvrir l'intérieur de cet antique bâtiment ne laissait pas la moindre place à la mélancolie ou à la peur. En me retournant, je vis loin dernière nous Abul qui gesticulait pour nous mettre en garde. Je me moquai sous cape de ce vieux fou oriental et superstitieux, sans me douter que cet homme qui restait à bonne distance de l'édifice était le seul sensé d'entre nous.— C'est ici, professeur Cordelier, dit Kalfan en désignant le sol lorsque nous l'eûmes rejoint. L'entrée est presque ensevelie, ça explique que nous ne l'ayons pas découverte tout de suite. Mais on ne va pas tarder à la déblayer.— Une entrée qui plonge dans le sol, dans les profondeurs, murmurai-je. C'est étrange. Presque comme un accès à l'enfer.— C'est peut-être bien ça, dit oncle Jean. Nous en savons trop peu sur ceux qui ont construit ce site, et nous ne pouvons que faire des suppositions. Mais nous en saurons peut-être déjà un peu plus lorsque nous l'aurons vu de l'intérieur. Appelez vos hommes et dégagez cette entrée, sergent. En récompense, on videra ce soir une bouteille de genièvre. Comment disait Montaigne, déjà ? Une ivresse par mois renforce l'estomac, encourage le sommeil et apaise les tensions.Le sergent sourit de toute sa face ronde de paysan, et les pointes de son épaisse moustache tremblèrent d'une joyeuse excitation.— J'aimerais serrer la main à ce citoyen Montaigne. Cet homme doit être un grand esprit !Animés par la perspective d'une ration spéciale d'alcool, Kalfan et ses hommes s'emparèrent avec une authentique ferveur de leurs pelles et de leurs pioches ; il ne fallut pas une heure pour qu'ils dégagent ces marches, usées par les intempéries, qui menaient à des tréfonds obscurs. Oncle Jean fit allumer quelques-unes des torches qu'il avait apportées et nous descendîmes prudemment, en tâtonnant, pas à pas. Seuls Abul et deux soldats restèrent à la surface.L'air renfermé nous prit à la gorge : on aurait dit que cette entrée avait été ensevelie depuis des siècles et qu'aucun souffle, si minuscule fût-il, n'avait pénétré depuis bien longtemps dans le vieil édifice. Le sable grinçait sous nos lourdes bottes tandis que nous nous enfoncions sous le sol. Les murs à gauche et à droite de l'escalier étaient lisses et sans ornements, si bien que mon bloc serait resté vierge même si j'avais eu le loisir de dessiner.En dessous, l'escalier débouchait sur un long couloir sinueux dont le plafond était soutenu par quelques piliers. Contrairement aux murs, ceux-ci étaient ornés de nombreux signes mystérieux semblables à ceux que les Égyptiens antiques avaient laissés partout où l'on trouve des restes de leur culture disparue.Oncle Jean avait remarqué mon hésitation et me posa la main sur l'épaule.— Patience, Bastien. Tu auras suffisamment d'occasions d'immortaliser tout cela. Nous sommes sans aucun doute tombés sur un lieu ...
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