Elizabeth P.

Jean Yanaudel

Books on Demand

9,20
1 novembre 2021

Quel plaisir de retrouver Dan et Emma, qu'on avait découvert dans « Maribas ou les balles rebondissantes..
Leur amour est toujours aussi intense, ils sont toujours en véritable symbiose..
Ils viennent d'emménager dans une étrange maison où il se passent d'étranges choses, à côté d'un étrange voisin.
Et puis il y a des adolescents qui ne se font pas de cadeaux, et leurs parents souvent bizarres.
Les personnages sont nombreux.
Et puis il y a des pierres étranges aussi.
Avec leur voisin cruciverbiste et verbicruciste, ils vont essayer d'analyser toutes ces bizarreries.
Et oui, on est dans un univers très étrange.
L'ambiance rappelle celle de Boris Vian ou de Mathias Malzieux.
Mais Jean Yanaudel a sa patte bien à lui.
Et particulièrement la mise en forme de ses romans est très très originale.
En début de roman, la To do list, le générique d'ouverture, les crédits, le flashback, mettent véritablement en appétit.
De même que la présentation des personnages en bas de page dès qu'apparaît un nouveau personnage.
Les rappels à Maribas aussi.
J'ai particulièrement apprécié les nombreux mots rares sont on connaît vaguement la signification, ou pas du tout : scrutigère, aragonite, irréfragrable, ginestuda.....
Plus que l'histoire, c'est l'ambiance qui est remarquable.
Un cocktail d'humour, de poésie, d'érotisme, de fantastique........
C'est carrément surréaliste.
Une histoire d'adolescents et d'amour tendre et épicé pour une histoire improbable et déjantée.
Un esprit et une écriture inattendus à découvrir sans hésitation.
Bravo Mr Yanaudel, on en redemande.

Marie Petitcuénot

Flammarion

20 octobre 2021

Mère et femme ?

Dix-huit lettres adressées à ses trois enfants.
Ses enfants qu'elle aime viscéralement.
Ses enfants qui lui bouffent sa vie.
Elle adore ses enfants, elle adore son métier.
Qu'il est difficile de jongler entre les deux alors que le temps passe si vite.
Parce que la quarantaine est là, avec un corps qui commence à montrer ses défaillances.
Avec les années qui ont filé si vite sans plus beaucoup de temps pour soi.
Pas facile à admettre.
Comment continuer à être mère, à se réjouir de les voir vivre, de les voir grandir quand toute une part de soi est en attente, gronde à l'intérieur.
Un équilibre qui est un véritable casse-tête.
Et c'est sans compter sans la pression sociale :
Suis-je une bonne mère ?
Ne pourrais-je leur consacrer plus de temps ?
Comment font celles qui s'épanouissent tout en se reniant ?
Le rôle de mère prend tant de place, alors quelle place reste-t-il à soi-même ?
Qui n'a pas eu d'enfants ne peut comprendre.
J'ai souvenir de ces années dévorantes où j'ai commencé à détester ces quelques mots : « Il faut que »
Mes journées en étaient rythmées.
Toujours quelque chose à faire, pour les enfants, pour la maison, pour les démarches, pour le travail......... et à chaque fin de journée une insatisfaction de ne pas avoir eu le temps de prendre un livre, de rêvasser, d'avoir eu quelques instants pour moi.
Ce roman décrit excellemment le vécu des mères.
Avoir écrit ces lettres à ses enfants est un bel acte d'amour, même s'il ne doit pas sembler un justificatif à ses prétendues défaillances.
Je viens de lire un livre sur le même sujet : « Les Bordes » d'Aurélie Jeannin qui explore aussi la difficulté d'être mère, mais avec une approche différente, et qui m'avait énormément émue.
Ici, je n'ai pas ressenti particulièrement d'émotion, mais une grande solidarité avec toutes ces mères, toutes ces femmes qui font toutes de leur mieux pour concilier ce qui est peut-être inconciliable.

17,25
23 septembre 2021

Les orageuses, c'est une bande de filles.
Des filles qui se sont trouvées, qui se sont reconnues.
En elles le tonnerre gronde.
Elles sont déchirées, blessées, brisées......
Il n'y a qu'entre elles qu'elles peuvent parler de ce qui leur est arrivé, qu'entre elles qu'elles peuvent se comprendre, tenter de se dépasser.
Elles ont toutes été violées.
Elles se vengent en retrouvant les violeurs, en saccageant leurs intérieurs, en faisant naître en eux la peur, cette peur qui ne les quitte plus.
C'est un roman, mais lu plutôt comme une succession de témoignages montrant les dégâts irréparables du viol.
Se soutenant l'une l'autre, elles réussissent à commencer un semblant de reconstruction.
La justice et la loi ne peuvent rien pour elles.
C'est un sujet actuel mais permanent sur la condition de femme.
Heureusement qu'il y a cette solidarité entre femmes (pour certaines du moins, comme c'est le cas dans ce roman) pour permettre à l'orage de s'éloigner, de cesser de les tourmenter.
Un livre percutant, éprouvant, dérangeant et tellement réaliste.

22 septembre 2021

Magdalena a 14 ans quand sa mère disparaît sans plus donner signe de vie.
Elle deviendra actrice de théâtre renommée, avec une prédilection pour Antigone.
Trente ans après, un appel de son agent lui apprend que sa mère est retrouvée.
Aussitôt, elle se rend à l'adresse, une maison d'éclusier où sa mère mutique vit seule et misérable.
Une lente et douloureuse reconquête de deux êtres déchirés.
A part une seule petite déception avec « Manifesto », j'aime les romans de Leonor de Recondo.
Sa plume est douce et poétique.
Ses personnages sont beaux.
Ici, tant Magdalena que sa mère Appolonia, sont de belles personnes, les blessures de l'une ayant entraîné les blessures de l'autre.
Des événements passés ne sont pas très expliqués, entraînant peut-être la frustration de certains lecteurs, mais leur suggestion m'a suffi.
On comprend le refuge de Magdalena dans les personnages qu'elle interprétés et celui d'Appolonia dans le silence.
Tout est doux, mélancolique,  tendre et dramatique à la fois dans ces retrouvailles inespérées.
On se sent intime et proches de ces deux femmes.
Il y a une grande violence aussi dans ces silences et ces non-dits.
Il y a vraiment un avant et un après dans cette belle histoire qui m'a beaucoup émue.

22 septembre 2021

Max La Corre, ancien champion de boxe est chauffeur du maire d'une ville de Bretagne.
Quand sa fille Laura revient vivre près de lui, il demande au maire de l'aider à trouver un logement.
C'est le début d'un engrenage.
L'auteur nous rend spectateurs d'une histoire d'emprise et nous assistons, hypnotisés, à la déclaration que fait Laura à la police, aux arrangements de gens influents, à la manipulation.
Le procédé est un peu le même que dans « Article 353 du code pénal »
Laura, comme Martial, font une déposition.
Le sujet est d'actualité bien que datant de la nuit des temps : un personnage abusé, domination/soumission.
C'est un livre noir à l'ambiance pesante.
J'ai eu un peu de mal à entrer dedans.
Longueurs des phrases pas toujours claires et nécessitant une relecture.
Tout en admirant cette belle écriture et ces tournures de phrases, elles m'ont étouffée, presque asphyxiée (bon, d'accord, j'exagère un peu).