Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

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17 novembre 2021

Tons doux qui collent parfaitement à l'année, un peu surannés et grands dessins qui font la part belle aux personnages, on est dans une bande dessinée qui parle de liberté, du libre choix et qui met en exergue une citation de Pierre-Joseph Proudhon : "La propriété c'est le vol", tout de suite complétée par celle de "Un inconnu au bataillon" : "Avoir une résidence secondaire, c'est du vol aggravé." Tout un programme. Pas celui que les trois garçons avaient imaginé.

Un très bel album construit comme un récit initiatique pour Édouard. Les rencontres de cette quinzaine vont l'amener là où il ne pensait pas aller, lui, fils de militaire qui doit intégrer Saint-Cyr pour être officier et assurer la lignée familiale de militaires. Pascal Rabaté avec toute l'humanité qu'il laisse transparaître dans ces ouvrages, la tendresse pour ceux qui ont un chemin pas forcément rectiligne donne le choix à Édouard. Le libre choix, le libre arbitre, pas simple toujours à appliquer surtout lorsqu'on n'y a pas été habitué. L'avenir tout tracé peut faire peur mais rassure. L'aventure et le pas de côté effraient plus sûrement.

Je finis mon petit laïus en citant la quatrième de couverture et en conseillant très fortement la lecture de ce nouvel album de Pascal Rabaté, très beau, très humain ; tout ce qu'on aime chez lui y est dans cette histoire bien menée.

"En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'ancêtres", André Breton.

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17 novembre 2021

Ah, la voilà la suite de Ainsi sera-t-il. Et quelle suite ! Sandrine Destombes avance doucement et sûrement, installe son intrigue et ferre le lecteur qui sera bien incapable de sortir du roman tant la tension et le suspense montent habilement.

Lorsqu'on lit beaucoup de polars, on s'aperçoit que les intrigues se ressemblent souvent, ce qui différencie les romans c'est la manière de raconter, les personnages ou le contexte. Chez Sandrine Destombes, c'est évidemment Maxime Tellier avec son côté fonceur, ses doutes, ses emportements. Maxime a ses limites : elle est proche du burn-out, est parfois trop directe ce qui lui joue des tours mais malgré ses fragilités, elle est pugnace, ne lâche jamais rien. Elle est très réaliste, se pose des questions qui peuvent faire écho, notamment sur les personnes qui ont commis un crime qui jugées irresponsables et qui ne font qu'un court temps en hospitalisation psychiatrique. Antoine Brémont, son pragmatisme et son respect de la loi et des décisions prises permet de faire le pendant, de se poser la question sous l'angle de la loi et de la justice et donc d'avoir une vue d'ensemble. Sandrine Destombes n'est pas manichéenne, elle laisse le choix à ses lecteurs, elle apporte des arguments.

Sandrine Destombes c'est aussi une manière de raconter, de laisser monter le suspense, d'insérer de la légèreté dans les rapports entre collègues alors que l'enquête sur laquelle ils travaillent n'incite pas à la gaudriole. Celle-ci est originale, fort bien construite, sans hémoglobine donc très supportable par les âmes sensibles et addictive. On ne sait pas trop comment va finir cette histoire ni qui est (sont) le (la-les) coupable(s) et l'on cogite, au moins autant que les enquêteurs. J'ai beaucoup aimé. J'en redemande, oui je veux d'autres enquêtes de Maxime Tellier.

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17 novembre 2021

Troisième tome des enquêtes de Stavros Nikopolidis après Stavros et Stavros contre Goliath. Si j'ai pu émettre des réserves sur le premier, je trouvais que le flic mettait un peu de temps à s'installer, il est devenu dans les deux romans suivants l'un des flics récurrents les plus intéressants et l'un de ceux que j'ai hâte de retrouver. D'abord parce que Sophia Mavroudis a bâti autour de lui une équipe soudée et originale : un hacker reconverti (Eugene), un pirate taiseux (Servedis) qui fume clope sur clope, un facho (Glykas) -qui se calme un peu- et une flique surentraînée qui veille jalousement sur son chef (Dora) sans oublier un grand chef (Livanos) frileux dès qu'on touche aux puissants mais qui sait suivre et soutenir ses enquêteurs.

Ensuite, parce que ses romans et celui-ci sans doute plus que les autres, sont ancrés dans la dure réalité de la Grèce qui, ruinée, a dû céder aux injonctions des Européens : "Nous sommes devenus le pays de la dette, défini par la dette, comme du bétail marqué au fer rouge ! Nous avons vendu nos entreprises en faillite et nos maisons pour une bouchée de pain aux rapaces qui les ont revendues dix fois le prix ou en font des Airbnb.Nous fuyons le centre-ville où les loyers sont inabordables. Les Chinois profitent de notre vulnérabilité. Nous ne sommes rien pour eux, qu'un pion dans leur stratégie, la tête de pont de leurs profits. [...] La Grèce est au cœur du projet chinois d'une nouvelle route de la soie qui relie l'Asie à l'Europe par voies terrestres, ferroviaires et maritimes. Nous sommes le premier pays européen en Méditerranée après le canal de Suez et la porte d'entrée de Pékin en Europe." (p.53/54/55)

C'est passionnant, davantage qu'un essai géopolitique sur la question des relations entre la Grèce et la Chine, parce qu'incarné par des héros qu'on connaît et forcément romancé puisque toute ressemblance est fortuite. La charge est violente parfois, la diatribe désabusée et les Grecs seuls face à leurs difficultés et face à ceux qui cherchent le profit sans se soucier du malheur qu'ils ne font qu'augmenter.

Cette enquête n'est pas banale, Stavros va devoir beaucoup en demander à Eugene le geek, car tout se passera par écrans interposés, sans que le rythme du livre n'en pâtisse, au contraire. Elle réserve rebondissements, fausses pistes et surprises jusqu'au bout et se love formidablement dans le contexte social et géopolitique. Du grand noir, de ceux que j'aime particulièrement, qui, à l'instar d'un Henning Mankell -pour ne citer que lui parce que c'est l'un de mes préférés-, parlent de la société et de ses évolutions pas toujours souhaitables, de ses dérives.

Anne-Marie Métailié

17,25
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17 novembre 2021

Très court roman de José Manuel Fajardo qui juxtapose ces deux histoires qui se déroulent à cent quarante ans de distance. C'est redoutablement efficace. A partir de deux vies diamétralement opposées, il raconte comment la frustration, la honte, la peur peuvent amener la haine et la haine la pire des violences. Il part de rien et ses histoires montent crescendo, les petits faits et événement s'enchaînant jusqu'aux situations les plus incroyables. Il a un talent fou, celui de convoquer des héros fictifs tels Dorian Gray ou Dr Jekyll et Mister Hyde ou des personnages des Mille et Une Nuits ou de Don Quichotte ou des personnages réels que je ne citerai pas pour ne rien dévoiler. Et l'on peut faire le lien entre les deux histoires par des détails laissés ici ou là. C'est brillant et flippant parce que l'écrivain montre comment la haine et la violence peuvent s'installer chez certains. Comment d'autres manipulent les plus faibles.

José Manuel Fajardo écrit sobrement, il va à l'essentiel : rien n'est de trop dans son livre ni rien ne manque, c'est court, direct, efficace. Juste comme j'aime. La première phrase :

"A la tombée de la nuit, la ville plongeait dans un épais brouillard qui semblait plutôt monter du fleuve que tomber du ciel, une purulence de ses eaux pestillentielles, un brouillard qui rampait dans les ruelles et virait au jaunâtre, comme s'il prélevait au passage la crasse des quais et des quartiers portuaires, malgré les derniers rayons du soleil qui lui arrachaient encore quelques éclats de cuivre trompeurs. (p.13)

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17 novembre 2021

Deuxième aventure de Guillaume Lavallée après le troublant Le roi de la forêt et cette dernière est tout aussi troublante. C'est la personnalité du héros qui perturbe et pose question : son passé n'est pas glorieux, il aime la solitude, le sombre, habite dans des coins reculés, ne fréquente presque personne, est totalement désabusé et frustré d'avoir été contraint de quitter la police et l'envie de résoudre des enquêtes le titille régulièrement. On ne sait jamais vraiment de quel côté il est ni quel jeu il joue. Tout avec lui peut arriver, le pire comme le meilleur.

Pour assombrir le tableau, il y a aussi le contexte géographique et climatique : les environs de Charleroi et ses quartiers les moins bien fréquentés et Sarajevo pendant la guerre. Et lorsque tout est sombre, l'écriture de Christian Joosten rajoute une couche de noir. Fine, jouant avec les indices distribués au goutte à goutte, tant sur l'enquête en cours que sur la vie de Guillaume Lavallée, ménageant le suspense et faisant monter l'intensité. Du noir poisseux, qui colle et dont on a du mal à se défaire lorsque le roman est posé. Bref, du bon !

"Il y a bien deux choses qui tombent l'automne venu sur les voies ferrées : les feuilles mortes et les maccabées. Le point commun entre les deux est, comme le disait si bien Montand, qu'ils "se ramassent à la pelle". Du coup, le commissaire Francis Jean avait cette chanson-là en tête depuis le matin quand on a prévenu le service que le premier omnibus vers Ottignies avait été arrêté en catastrophe entre les gares de Lodelinsart et Fleurus, l'avant du train maculé de sang." (p.13)