Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

roman

Lune Sur Toit

20,70
par
9 mars 2012

Aïe, aïe aïe ! Alors là, ça coince dès le résumé ! Bon, comme Davina (bonne continuation, et merci pour nos échanges) désormais ex-stagiaire chez Gilles Paris m'a envoyé ce livre gentiment, je fais l'effort. Las, c'est trop dur. Pas mal écrit, certes, c'est un style plutôt recherché, de belles phrases, mais bon, le sujet ne m'intéresse absolument pas, moi qui suis athée convaincu a priori comme l'auteur, je n'ai pas la moindre interrogation sur l'existence ou la non existence d'un Dieu ou de Dieux. Je suis, comme beaucoup scandalisé et choqué de ce que peuvent faire les hommes au nom d'une religion, mais ce à quoi ils peuvent croire ne m'intéresse pas. Alors, certes, il m'arrive de discuter religion avec des amis, des membres de ma famille croyants (ce sont surtout des discussions de fins de repas arrosés ou d'apéritifs prolongés, qui se croisent avec les échanges sur la politique) mais si je prends part à ces propos, c'est souvent pour provoquer mes contradicteurs -j'adore dire des énormités pour voir les réactions.


Bon si je reviens deux minutes au livre, il traîne en longueurs au départ par des descriptions de ce qu'est le Paradis avec les angelots, la brume permanente, la ouate : tous les poncifs du genre sont présents, toutes les représentations que l'on nous faisait de ce lieu quand nous allions au catéchisme sont bien là. Et pour finir, si ce qui se veut drôle peut faire sourire de temps en temps il ne fait pas s'esclaffer franchement. Ce sont des blagues un peu éculées (j'ai bien dit "éculées" : l'Enfer pour moi si j'avais mal placé un "n". Quoique entre angelots, peut-être que... Mais Yv, ça ne va pas, tu débloques totalement ? C'est quoi ces grossièretés ?)
"Pouf, pouf" (selon P. Desproges), revenons à nos angelots ou à nos moutons ou même à nos brebis, car s'il m'en souvient il en est bien question dans la religion, pour dire que ce bouquin me laissera d'autant moins de souvenir que je ne suis pas allé au bout des 346 pages, glossaire compris !
Ouh la la "Que Dieu me tripote" (toujours P. Desproges), je m'aperçois qu'en mécréant que je suis je ne peux m'empêcher de dire du mal de ce livre. Pardonnez moi, car j'ai péché (pas pécho, hein, péché !), je demande pardon et miséricorde à l'auteur, l'éditeur, l'attaché de presse, la standardiste (ça c'est dans une chanson de M. Eddy, qui a aussi chanté Pas de boogie-woogie, comme quoi, je suis raccord), le voisin du neveu de celui qui tient le flambeau, la cousine du beau-frère de la mariée et la main de ma soeur...
(-Décidément, Yv, tu es incorrigible !
- Ben, oui, que veux-tu quand on parle religion, ça m'excite !
- D'accord, mais une soeur quand même !
- Non pas une bonne soeur, mais ma soeur, elle, elle n'est pas bonne soeur, elle peut mettre sa main où elle veut !
- OK, autant pour moi.)

Les Presses de la Cité

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9 mars 2012

Un roman très réel, très prosaïque, mais qui n'oublie pas de dresser un portrait en détails d'un homme simple et bon, dans tous ses aspects. Le personnage de Marc Mériaux est bien travaillé, en profondeur : sur cette année de vie, on n'échappe à aucune de ses réflexions, de ses peurs, à aucun de ses doutes. Parce que sous ses dehors humanistes, l'homme doute, aime et tentera, par amour de surmonter son handicap, comment dire, pas tous les jours facile à assumer.
Plutôt bien écrit, très agréable à lire, c'est un livre qui ne vous tombera pas des mains surtout sur la fin ou l'on a hâte de connaître les divers dénouements des histoires en cours ; l'auteur fait preuve d'une plume joyeuse, tendre, humaniste pour reprendre un mot déjà plusieurs fois utilisé, libertine juste ce qu'il faut et d'un humour particulièrement plaisant (dans le genre, l'auto-citation p.31 n'est pas mal du tout)

Au Diable Vauvert

20,70
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25 février 2012

J'ai déjà lu deux ou trois romans de Pierre Bordage, plutôt bien écrits, rythmés décrivant un monde très personnel, mais ne se démarquant pas par un style littéraire fort. Pour Mort d'un clone (écrit il y a 15 ans) l'auteur se lâche et s'amuse avec les mots, les expressions. Il détourne celles-ci, déforme ceux-là. Ce roman totalement barré est d'abord, dans sa première partie, un exercice d'écriture. Les portraits sont particulièrement soignés, tous les personnages sont moches, vulgaires trop ceci ou pas assez cela : "Elle avait fait des folies de son corps aujourd'hui, Germaine-la-comptable. Tailleur jaune moutarde, chemiser à pois rouges et verts, nouvelle coiffure chou-fleur rehaussant une laideur qui s'affirmait avec le temps. Crayon de papier en main, elle leva sur lui des yeux interrogateurs, doublement grossis par le double foyer des lorgnons cerclés de fer noir. Redoutable perspective, elle ouvrit la bouche pour parler, libérant à la fois une haleine méphitique et un flot de postillons délétères." (p.52)

Parfois Pierre Bordage en fait trop, il abuse notamment des interruptions de scènes pour donner des définitions personnelles de mots ou expressions, certes très drôles, mais le procédé fatigue ou agace un peu. "Coquelets : jeunes cadres rudement dynamiques, parés de costume prince-de-galles impeccablement coupés, porteurs de reliques noires et rectangulaires, communément appelées attaché-cases. Particularité physiologique rarissime : leurs becs de coquelet sont munis de longues dents de loup." (p.43)

P. Bordage néologise à fond, bricole les mots comme par exemple et entre beaucoup d'autres ce "obligalante" (p.47) qui résume la galanterie obligée en certains moments à laquelle Martial ne veut plus se soumettre ou encore le "Pachydé-cétaterme : croisement d'une élépheine et d'un balant." (p.94). Il use également de périphrases, joue sur les sons, les répétitions : il s'en donne à coeur joie pour le plus grand plaisir d'un lecteur comme moi qui se laisse facilement charmer par une langue particulière, travaillée, recherchée et en plus très drôle. Par contre, je peux reconnaître aisément que l'auteur peut énerver parce qu'il en fait des tonnes, parce qu'il est beaucoup question de sexe (mais que voulez-vous Martial est éjaculateur précoce et donc cette question le turlupine, si je puis m'exprimer ainsi). D'ailleurs à ce propos Pierre Desproges disait : "on dit toujours que ce sont les meilleurs qui partent en premier. Dès lors, que penser des éjaculateurs précoces ?"

Et l'histoire dans tout cela ? Et bien, Martial va faire de belles et de troublantes rencontres, et quelques découvertes parfois irrésistibles -notamment avec un ancien colonel, mais je laisse le suspens-, parfois tragiques, et chacune le fera avancer dans la recherche de sa personnalité, de ses envies les plus profondes.

La seconde partie m'a laissé un peu plus perplexe tant sur le fond que sur la forme -et sur la double faute de conjugaison du verbe courir, écrit au passé avec deux "r" centraux, p.277 et 279- totalement différents de la première et moins percutants. Pour ne pas déflorer le suspense, je ne raconterai que le minimum, mais si j'ai dit barré pour le début du bouquin, la fin ne l'est pas moins, mais dans un style dissemblable. La ville s'estompe, la nature prend toute sa dimension dans le corps de Martial, le chamanisme arrive en force

Résultat : un bouquin inclassable, qui, comme les autres livres de P. Bordage reste à l'esprit et ne laisse pas de marbre. Une vraie bonne découverte d'un auteur plutôt connu pour ses romans d'anticipation que pour ses débordements linguistiques.

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13 février 2012

Attention, plongée dans le monde des grandes écoles, de l'élite de la nation. Entre blagues potaches, bizutages et véritable compétition entre les élèves, la lutte est dure. Pas de sentiments, il faut être le meilleur !
Emmanuel Arnaud décrit un monde qui m'est totalement inconnu, et ce qu'il y a de bien dans son roman, c'est qu'il place son héros dans une classe de maths, là où la Littérature n'est pas la bienvenue. Ce genre d'études est cloisonné : les matheux avec les matheux et les khâgneux entre eux ! Il nous explique d'abord les méthodes de chacun des élèves pour arriver à grapiller quelques points dans les devoirs, entre les bûcherons, les analytiques, les intuitifs, ... Puis, les semblants de relations qu'ils instaurent entre eux : parfois de l'admiration, de la déférence, toujours liées au classement général de la classe. C'est un monde totalement clos qui peut faire peur à des non-initiés comme moi ; personnellement, je n'ai pas aimé plus que cela mes années lycée, mais elles étaient libres et je communiquais avec d'autres, sans arrière pensée.


Là, lorsque Laurent commence à fréquenter les littéraires, à lire Proust et à discuter philosophie, il se met à dos ses collègues matheux. Mais finalement peu lui importe, puisque Mélanie et Claudia lui ouvriront des horizons qu'il ne soupçonnait pas. Son esprit s'ouvre et cela lui servira même dans ses études.
C'est un roman assez étonnant, fort bien écrit, presque un huis clos dans les murs de Louis Le Grand, original dans le fond et la forme qui montre la jeunesse de notre future élite. Attention, parfois, ça peut faire peur, de mépris envers les plus petits, d'arrangements entre amis, de retournements de vestes : enfin, finalement rien de plus que ce que l'on voit tous les jours de la part de nos dirigeants adultes ! Oui, oui, Rastignac est bien réel et multiple. C'est un roman qui véhicule, par l'intermédiaire de ses héros, les principes décrits plus haut que je déteste et que je n'aimerais pas que mes enfants adoptent. Néanmoins, ce livre m'a retenu parce que justement, l'auteur en parle bien, ausculte et analyse les comportements des uns et des autres. Ses héros ne me sont pas sympathiques, ils sont même à l'opposé de moi, mais ils ont un côté pathétique : leur vie est toute tracée, déjà définie ; il m'est même venu l'image de certains d'entre eux, plus vieux et responsables politiques ou autres, personnes respectées au passé et au présent pourtant pas vraiment glorieux, coincés dans leur vie confortable de notables avec impossibilité d'en sortir sans une volonté hors du commun. Finalement, je les plains lorsque eux me méprisent.
Laurent Kropst fait le lien entre le livre et les maths dans ce roman qui "est une ode à l'intuition, qui réconcilie la science et la littérature" (4ème de couverture) et qui mérite d'être découvert. 135 pages pour tenter de comprendre comment sont formés nos futurs patrons, chefs d'entreprises, hommes politiques, ... Personnellement, l'ambition, les moyens pour arriver à des fins prometteuses, l'absence de scrupules, etc, etc me font froid dans le dos et me dégoûtent : tous les ingrédients sont là, réunis, pour se faire peur mais sans hémoglobine ou suspense. Ça peut même être mieux qu'un thriller.

par
13 février 2012

Excellemment écrit quoiqu'un peu trop mélodramatique à certains endroits, c'est un livre sensible, tendre et touchant. Cette histoire qui se passe dans un monde qui m'est étranger : la bourgeoisie de Province est touchante parce qu'elle raconte la vie de ces deux femmes, très liées dans l'enfance, puisque soeurs avec un an d'écart mais que tout pourrait opposer ; leur mère affiche sans retenue sa préférence pour Giovanna, la plus belle : "Ma pauvre Louise ! Personne ne voudra jamais de toi, je le crains." Quelle méchanceté, quelle sottise aussi... elle pensait que son assertion était une vérité scientifique, en sorte que, lorsque le très beau et très brillant Adrien me fit la cour, que notre mariage se décida, elle ressentit non seulement une certaine jalousie, mais aussi la blessure de quelqu'un dont les prédictions s'avéraient fausses." (p.20) ; leur mariage apportera la maternité à Giovanna tandis que Louise n'aura pas les joies de l'enfantement : "Mon ventre toujours vide et mes bras emplis des enfants des autres. Et voilà la jalousie, la jalousie profonde et amère. Comment combattre un sentiment qui reposait sur l'observation d'une évidence ?" (p.60). Malgré tout, la vie ne les sépare pas, leur complicité restera au-delà de leurs différences et de leurs chemins personnels. Louise sera très présente et sincèrement très affectée lorsque le sort s'acharnera sur l'enfant de Giovanna, son filleul.


C'est un roman écrit tout en finesse, autant pour le style que pour la manière d'aborder les personnages : beaucoup de non-dits, beaucoup d'allusions, beaucoup de fragilités des uns et des autres. Les relations entre eux sont adroitement décrites, parfois de la tendresse, parfois de la jalousie, parfois même une once de moquerie. Une écriture élégante, fine, très joliment travaillée qui place ce récit totalement en phase avec son époque et la condition des gens qu'il décrit. Vraiment, je suis tombé sous le charme de l'écriture d'Élise Galpérine. Un dernier conseil pour la route ? Arrêtez immédiatement vos lectures et plongez dans ce roman immédiatement, si vous passez à côté, vous le regretterez !