Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Anne-Marie Métailié

par
13 février 2012

Monique Rivet a écrit ce livre dans les années 50, alors qu'elle était à peu près du même âge que son héroïne et qu'elle était comme elle en Algérie, mais ne l'avait jusqu'ici pas publié. Ce récit se lit comme un état des lieux d'une jeune Française avide de rencontres, de connaître l'autre autant le colon que le colonisé à un moment où la tension monte sérieusement entre l'armée française et les fellaghas. A cette époque on ne parle pas encore de guerre.
Puis Laure s'attirera d'autres remarques en sympathisant avec des jeunes femmes algériennes, en les invitant dans des endroits qu'elles ne fréquentent pas habituellement remplis de femmes françaises, et puis des réponses cinglantes lorsque par exemple elle visite une ferme exploitée par un colon : "Nous avions vu les logements réservés aux ouvriers ; des barbelés les entouraient et j'avais trouvé étrange qu'on mette derrière des barbelés des hommes supposés libres ; réflexion que j'eus la sottise de formuler tout haut et qui m'attira cette réplique de Saragossa : "ils sont tout à fait libres, libres de retourner dans leurs mechtas pour y crever de faim si ça leur plaît. Les barbelés, c'est pas pour les empêcher de partir, c'est pour la protection des bâtiments." (p.61)
Laure est une jeune femme libre et qui entend le rester jusque dans ses amours avec Felipe, mais qui vit au mauvais endroit au mauvais moment. Un beau récit, écrit simplement comme une chronique de la vie dans cette petite ville algérienne dans laquelle les peurs augmentent, les délations vont bon train et les gens qui ne veulent ou ne peuvent choisir un camp sont montrés du doigt, voire beaucoup plus si inimitiés.
Un livre qui permet de plonger en plein coeur de la guerre d'Algérie vue ni par un militaire venu maintenir l'ordre ni par un fellagha, mais par un simple témoin désireux de vivre en harmonie et en bonne intelligence avec tous. Une lecture instructive pour s'informer à froid des événements.

25,30
par
13 février 2012

Ce roman noir est aussi une vue désabusée des États-Unis d'Amérique, entre rêve et réalité. Le fameux rêve américain dont on nous rebat les oreilles un peu partout : "Là-bas, tout le monde peut réussir, avec une bonne idée et de la volonté" est un leurre : ce pays charrie un nombre impressionnant de pauvres, de gens qui ne "réussissent" pas, non pas parce qu'ils n'ont pas de volonté ou de courage, mais parce qu'ils n'ont pas la chance d'être au bon endroit, d'avoir un minimum d'argent au départ. "Certains jours, toutes ces personnes m'inspiraient presque de la condescendance. Ces personnes qui m'observaient d'un air vide tandis que je leur servais mon speech appris par coeur, je les méprisais pour leur apathie, que je jugeais responsable de leur condition sordide. Je pensais que c'était cette mollesse qui les avait menés, et mènerait plus tard leurs enfants, à vivre dans un mobile home déglingué. Parce qu'au fond, ils s'en foutaient." (p.248)
Et l'intrigue me direz-vous impatients que vous êtes de savoir si ce livre a toutes les qualités ? Eh, bien, plutôt bien, et surtout David Liss la complique à souhait en rajoutant des faux indices, des intrigues mineures qui embrouillent l'intrigue majeure. Pour le plus grand plaisir du lecteur, qui lui, du fait de la multiplicité des narrateurs en sait plus que Lem et le voit avec plaisir tenter de se dépatouiller de cet imbroglio. Tout s'explique à la fin, à la toute fin pourrais-je même dire.
A me lire vous aurez compris tout le bien que je pense de ce roman qualifié par The Washington Post de "thriller décapant et à mourir de rire sur l'Amérique d'aujourd'hui !". Je n'aurais pas mieux dit. Ils sont forts ces Étas-Uniens !

par
13 février 2012

Tout passer par le prisme d'un enfant permet de dédramatiser, de mettre de l'humour, du sourire là où un avis d'adulte appesantirait le message. L'écueil, c'est de paraître un peu lisse, un peu trop léger et c'est vrai que malgré des situations lourdes, comme dans son roman précédent, Gilles Paris écrit un roman optimiste ; mais l'optimisme ne signifie pas forcément légèreté. Pour ma part, étant persuadé que le rire ou le sourire voire l'optimisme permettent de faire passer autant voire plus de messages que la noirceur ou la tristesse, j'avoue m'être plusieurs fois interrogé sur telle ou telle situation décrite par l'auteur. Dois-je revoir parfois la hiérarchie de mes priorités quotidiennes ? Et si je tentais moi aussi de voir mes pratiques par l'oeil des enfants présents chez moi, qu'est-ce que cela pourrait changer ? En outre, je peux sans souci m'identifier à Paul étant moi-même père à la maison et donc astreint aux mêmes contingences quotidiennes, aux mêmes tâches et devoirs mais aussi et surtout aux mêmes plaisirs de pouvoir profiter des enfants, grands et petits pour moi.

Jan Thirion

Atelier in8

par
13 février 2012

Selon l'éditeur, une microfrition "c'est une histoire ultra courte (elle tient sur une carte postale) pleine de malice, voire de l'humour grinçant". C'est donc un recueil tout à fait original que j'ai ouvert récemment : des histoires écrites sur de vraies cartes postales illustrées. C'est vraiment très bien. D'abord parce que le texte est comme le dit l'éditeur drôle et grinçant, mais aussi décalé, pas banal, construit comme une nouvelle avec une chute réduite à une phrase ou un mot. Ensuite, les illustrations sont très différentes les unes des autres : certaines un peu kitsch, d'autres plus modernes, actuelles, drôles, enfantines ou pour adultes, ... Et enfin, pour peu que vous ayez des enveloppes, eh bien vous pouvez en faire profiter belle-maman, un enfant, une vieille tante ou encore un(e) fiancé(e) ou toute autre personne de votre choix. Il y en a pour tous ! Voici, juste pour donner envie -et peut-être deviner les futurs heureux destinataires de vos missives- les premières phrases de 5 microfrictions :
"Je ne sais pas si je suis un vrai con ou si je fais ça pour le bonheur des gens."
"Je suis arrivé à l'usine avec le fusil. J'ai l'intention d'en finir avec Gégé."
"Je n'ai pas envie de ma foutre en l'air sur la Harley."
"Depuis que je pratique l'escalade, je n'ai de pensée que pour la fermeture éclair."
"Chaussettes humides à la main, je me tire à toute vitesse avant que les flics ne rappliquent."

par
13 février 2012

Riika Pulkkinen a une trentaine d'années et fait preuve d'une sorte de sagesse, au moins d'une grande observation des siens ou d'une étonnante maturité pour résumer ainsi en quelques phrases bien senties ce qui peut faire l'objet de discussions interminables. Étudiante en littérature et philosophie, son cursus l'a sûrement aidée à construire et écrire sa réflexion pour le plus grand plaisir du lecteur.

Mais elle sait aussi se laisser aller et son livre est empli d'expressions, de paragraphes étonnants, quasi surréalistes, très poétiques à propos des animaux, des hommes, de l'amour, des fleurs, de la nature : "Derrière la fenêtre les racines des fils de la vie ont peut-être déjà commencé à s'accrocher à la terre. Les pommiers en fleurs, leur éclat innocent, un peu étonné de soi-même, comme une communiante qui aurait pour la première fois passé une mini-jupe et compris qu'elle la rendait attirante. Tout fut un instant à sa place, juste comme il se devait." (p242) J'aime beaucoup l'image de cette communiante en mini-jupe, qui arrive dans cette phrase par le biais d'une image totalement improbable, mais je confesse, mon père que ça doit être mon côté pervers qui fait des siennes ! Ceci étant, c'est pas moi qui aie commencé, c'est Riika !
Tout cela pour dire que lorsque vous aurez entamé la lecture de ce roman (car je ne doute point que vous le ferez), vous risquez bien de ne pouvoir vous arrêter, charmé(e)s que vous serez par le mélange de Riika (maintenant qu'on a parlé de la communiante, je me permets de l'appeler par son prénom) : entre observation des liens amoureux et familiaux très réalistes, digressions oniriques et réflexions justes et clairvoyantes. Bonne lecture de ce très bon roman nordique et qui en plus réussit l'exploit de n'être pas un polar !