D'où je suis je vois la lune

D'où je suis je vois la lune

Maud Lethielleux

Stock

  • 4 septembre 2010

    Touchant !

    Une histoire tout en brut, une pauvre môme flanquée sur le bitume avec un chiot, qui est vendeuse de sourires, qui croit à son premier amour et y tient, mais comme sa bonne étoile ne daigne pas briller, elle finit par perdre aussi son chéri, lui reste plus que les mots pour lui faire oublier qu’elle n’ a rien, qu’elle est presque plus personne.

    L’histoire s’enchaîne naturellement, avec le style particulier de Maud Lethielleux, bien que ce titre ne soit pas la suite de Dis oui Ninon, on ne peut que faire un rapprochement avec Fred, la petite, alors si cet opus serait l’avant Ninon ? du moins un écho d’un vécu…

    J’ai adoré le personnage de Slam, il m’ a même tiré des larmes à la page 119 : “ Je l’ai jamais vu comme ça, on dirait un type qui vient d’être innocenté après s’être pris perpète. Tu savais quoi ? je dis. Et là, je sais pas ce qui lui prend, il me serre dans ses bras, il me soulève et je touche plus terre, il me fait tourner comme si j’étais une môme, un peu plus et on ferait l’avion au milieu de la place Saint-Mich. Contre ma capuche, sa bouche me dit tout bas avec une voix très douce et toute pleine d’espoir : Moon, on va te sortir de là. “

    Ce passage semble innocent et ne justifie en rien une telle émotion, seulement il faut avoir lu les 118 autres pages pour comprendre l’ampleur de ce geste, cette fenêtre enfin qui vient de s’ouvrir sur l’espérance de voir la lumière au bout de ce tunnel. Slam a osé briser les barreaux derrière lesquels Moon s’était isolée de “son plein gré” si on peut dire cela comme ça, choisit-on son destin à cet âge ? Parfois on ne choisit pas, on subit les conséquences des autres sans scrupules.

    Cette main tendue vers un avenir loin du bitume, c’était sans doute une façon à Slam de lui prouver qu’elle valait bien mieux que tous les SDF rassemblés. Malgré qu’elle se savait comme le dit elle-même : “les préposés de la galère perpétuelle, les bénévoles du bitume, la misère en bandoulière” elle espérait vivre autre chose ailleurs reconstruire un semblant de vie avec son Fidji… à leur façon. Pas tout à fait prête à mettre les pieds dans les étriers de la société bien rangée, pourtant elle apprécie la tendresse et l’attention de Slam avec sa tronche de cake , même si ses longues jambes sont laides, et que ses chaussettes roulées en boule et puantes au fond du lit ce n’est pas trop glamour, Slam, il ne dit rien, mais il a un coeur aussi gros que la lune, Slam mine de rien, il en a dans sa tête des idées, celles qui sauveront Moon d’un avenir sans issue … je vous laisse découvrir Slam et ses gambettes, Moon et Comète, Fidji un brin désopilant, Jeannine, Michou et Suzie, Boule et la suite…

    Un petit roman sans grande phrase bureaucratique, comme le dit si bien Moon, mais un grand roman chargé d’espérance, d’humanisme, de réalité, et de vérité pas toujours bonne à dire, mais parfois ça fait du bien de mettre à la lumière la face cachée de notre société… avec des mots simples qui respirent l’authenticité comme sait si bien le faire Maud.


  • 24 juin 2010

    Moon a choisi la rue parce qu'elle a décidé d'être "elle-même dans ce monde où les gens sont devenus des autres". Elle ne fait pas la manche, elle vend des sourires, et observe avec malice le manège des gens pressés.

    Autour d'elle, il y a Michou et Suzie avec leur Caddie, Boule, son crâne rasé et sa boule de billard à dégainer en cas de baston, les kepons migrateurs avec leurs crêtes de toutes les couleurs, et surtout, il y a Fidji et ses projets sur Paname. Pour lui, elle a décidé d'écrire un roman, un vrai. Et il y a Slam qui sort de prison, Slam qui aime les mots de Moon et a une certitude : un jour, elle décrochera la lune.

    Mais Fidji se détache peu à peu de Moon, et la jeune fille décide de faire lire ses mots à Slam. Celui-ci est sous le charme.

    Mon avis :

    toujours la beauté des mots de Maud pour raconter Moon qui, au début, a peu de mots, ne sait pas comment écrire, et puis qui se laisse guider par son imagination et ses personnages.

    Ce sont eux qui vont la sortir de sa "liberté" et lui faire découvrir l'amitié.

    L'image que je retiendrai :

    celle de la vie dans la rue, seule avec son chien.


  • 6 mai 2010

    Dans la novlangue de notre monde moderne, Moon est une SDF, une sans-abri qui vit dans des cartons, près de la boutique d’une fleuriste, dans une ville de province. Depuis le trottoir où elle a élu domicile, elle observe les gens qui traversent la place, entrent et sortent des boutiques, au fil des saisons. Jamais pathétique, Moon. Au contraire. Elle essaie de tenir bon et vend ses sourires aux passants contre quelques piécettes. Elle n’est pas toute seule : il y a Comète, son chiot et puis Boule, Michou et Suzie avec leur caddie, Fidji, son homme et Slam qui sort de prison. Un jour, Moon a une idée : faire un cadeau à Fidji, celui qu’elle aime, pour son anniversaire. Oui, c’est ça, elle va écrire une histoire rien que pour lui. Peu à peu, sur un carnet volé, avec un bic volé lui aussi, elle commence à écrire des bribes de mots, des pensées, des histoires…
    Reprenant une phrase célèbre, certains disent qu’on ne naît pas écrivain, on le devient… Est-ce que Moon est née écrivain? Ou bien au contraire est-ce la rue qui l’a fait devenir? A suivre son histoire, il semble que les mots ont toujours flotté en elle mais que personne, ou presque, ne pouvait les entendre… Même pas elle, véritable tête de mule qui ne fait jamais ce que les autres attendent , qui a l’impression de ne savoir que décevoir ceux qui espèrent et qui, à force de décalage, ne sait plus rien. Comment on mange. Comment on dort dans un vrai lit. Comment on espère… La vie l’a forcée à se blinder et une fois la muraille défensive construite, Moon se rend compte que ce n’est pas si facile d’en sortir.
    Juste, drôle et sincère, ce joli roman fait pousser des fleurs sur le bitume et des idées folles dans la tête d’une jeune fille dont la vie part en vrille. Des remarques qui font mouche, de très jolis passages et l’espoir comme un fil conducteur : pas étonnant que ce roman remporte du succès et ait les faveurs d’un grand nombre de blogueurs et blogueuses. Il m’a pourtant laissé un sentiment mitigé et j’ai été partagée entre l’enthousiasme et la déception. Enthousiasme pour les raisons que je viens de citer. Déception parce que ce joli conte de fées, où le sordide est tenu en lisière, où la rue prend souvent un côté « bonhomme » et sans danger ne sonne pas juste à mes oreilles. L’auteur a fait un conte moderne et charmant mais on a beau y chercher la Bête ou le Grand Méchant Loup, on ne les trouve pas…


  • 2 mai 2010

    Moon vit dans la rue près de la boutique d'une fleuriste.SDF depuis trois ans, elle vend des sourires "des tout petits, des grands jusqu'aux oreilles, des en coin ou des moqueurs, mais des jaunes plus rarement". Sous sa carapace, Moon dissimule sa sensibilité. Et puis, il y a les autres, ses compagnons de la rue et Fidji , l'homme qu'elle aime. Pour son anniversaire, elle décide de lui écrire une histoire. Ce sera son cadeau.

    Au début, j'ai eu un peu de mal à me faire au langage de Moon et surtout aux mots codés de la rue. Dès que Moon va se mettre en tête d'écrire, j'ai fondu... Il y a plein de jeu de mots, de très belles phrases. Je l'ai lu en apnée parce que Moon m'a touchée par son caractère et sa gouaille. Têtue, quelquefois trop même, elle se montre tendre, réaliste mais jamais elle ne tombe dans la pitié ou la compassion. Dès qu'elle va commencer à écrire, les mots vont devenir sa seule préoccupation. Et là, on se retrouve plongé dans un univers la poésie et les mots justes pour décrire la rue. C'est beau, très beau...

    Ce livre c'est une grosse bouffée d'oxygène, d'espoir !
    Alors, oui, ça a été un coup de coeur, un de ceux qui me nouent la gorge et qui font remonter toute ma sensibilité à la surface.