Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

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17 novembre 2021

Tome 20 des enquêtes de Nazer Baron, ce flic à l’humeur égale, qui écoute, entend, observe, s'appuie sur son collègue le commandant Hubert Arneke qui fonctionne de la même manière. Ils se déplacent chez les gens, voient leurs intérieurs, leurs attitudes, leurs hésitations. Et cette fois-ci, ils sont bien obligés tant l'habitant des Monts d'Arrée est un taiseux, il faut presque lui arracher les mots de la bouche. Lorsque les flics sentent que l'enquête sur la disparition est liée à la mort de la jeune femme quinze ans plus tôt et peut-être même à une autre affaire encore plus ancienne, il va leur falloir des trésors de patience pour tenter de tout relier et de comprendre ce qui a pu se passer. Nazer Baron agit à la façon d'un Maigret, sans hausser le ton "Il ne pensait rien. Il avait une logique singulière, une sorte d'anarchie permanente dans le cerveau, un chaos d'idées à la remorque desquelles il traînait ses intuitions. Elles guideraient ses choix plus tard." (p.129).

Les romans de Hervé Huguen sont lents, se déroulent souvent dans les régions et sous des climats peu favorables aux épanchements. L'atmosphère est pesante, ouateuse, humide et froide. Il ne décrit pas la Bretagne riante, mais celle qui se mérite, celle des villages reculés où un étranger est presque celui qui vient du village d'à-côté. C'est toujours fin, très bien mené, sans rebondissement qui serait sans doute malvenu, mais le suspense est là jusqu'au bout. Des phrases courtes, une histoire solidement bâtie, une petite pique au passage à un certain journalisme qui tend à se répandre : "Il savait faire. Fouiller des archives et croiser des données, interroger des témoins, ne pas se contenter de Wikipédia pour développer une thèse mais se forger sa propre idée avec un minimum d'esprit critique." (p.35)

Des réalisateurs inspirés pourraient tirer une bonne série des livres d'Hervé Huguen, comme de beaucoup des parutions de Palémon.

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17 novembre 2021

Recueil de nouvelles, comme toujours chez Quadrature. Douze nouvelles écrite par Bruno Marée, "enseignant, apiculteur, marcheur en forêt, conteur et parolier, défenseur du patrimoine naturel et culturel, auteur de documents pédagogiques, d'essais historiques et scientifiques, de quelques romans et de plusieurs recueils de nouvelles littéraire" (éditeur). Néanmoins, les nouvelles de ce nouveau livre tournent toutes autour de l'humain, souvent en demande ou recherche de nature mais pas toujours.

Sur ces douze nouvelles, une seule m'a moins intéressé, et pourtant, il me semble que c'est celle vers laquelle tend l'ouvrage. Bruno Marée parle des souvenirs, de ceux qui nous poursuivent toute la vie. Mais aussi de ceux qui surgissent comme ça sans qu'on le demande. Et j'ai l'impression que les histoires qu'il raconte tournent autour de cela. Ses personnages sont des gens comme vous et moi, qui vivent un moment de leur vie une situation, une anecdote qui leur fera un souvenir durable, agréable ou moins. Parfois, ils en sont les acteurs, parfois, il subissent. C'est parfois une situation originale, une autre fois plus banale, comme la nouvelle La salle d'attente qui se déroule -sans surprise- dans la salle d'attente remplie d'un cabinet médical qui aurait pu arriver à chacun d'entre nous, mais savoir le raconter est un art pas donné à tous.

En plus de savoir raconter, l'auteur use d'une belle langue, de tournures élégantes et décrit bien ses personnages et la nature, l'environnement. La nouvelle est un genre pas toujours apprécié, c'est fort dommage lorsqu'un écrivain et un éditeur font un tel travail de qualité.

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2 novembre 2021

Pascal Martin, dont j'ai ici chroniqué pas mal de romans, a écrit avec Va manger tes morts son dernier, il est décédé en juillet 2020. Et avec tout le respect que je dois à l'auteur décédé, je me dois de dire qu'il fait encore mouche et avec talent. Son histoire, pas banale, notamment parce que Romane s'exprime dans une langue qui emprunte à l'argot au parler gitan, au langage du moment des jeunes et a recours à des expressions très personnelles, ce qui fait qu'elle est parfois un peu hermétique : "Au fil du temps, Rio s'était habitué aux répliques nébuleuses de Romane. Il ne comprenait pas toujours ce qu'elle disait, ni le sens des mots qu'elle employait, mais on peut aimer la musique d'une chanson sans en comprendre les paroles." (p.143) Si pour le lecteur, le début peut paraître abscons, la gouaille, l'entrain de la jeune femme emportent tout et on se fait même à son parler d'autant plus que parfois, Rio traduit pour lui-même et donc pour nous.

La cavale de Rio et Romane ne sera pas de tout repos, dès qu'un danger paraît passé, un autre surgit : "Cette histoire était comme une poupée gigogne. Chaque fois qu'une vérité apparaissait, il y en avait une autre cachée à l'intérieur. Un vrai théâtre d'ombres." (p.202) On se demande même jusqu'au bout s'ils s'en sortiront et si oui, comment, mais rien de ce que l'on peut envisager ne se déroule vraiment, c'est Romane qui décide de tout et qui surprend tant Rio que nous-mêmes.

Un polar rapide, vif, dynamique notamment grâce aux dialogues et à la quasi hyper-activité de Romane à laquelle il est difficile de résister. D'ailleurs pourquoi résisterait-on lorsque se propose à nous un excellent roman noir ?

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2 novembre 2021

Polar mené tambour battant, sans répit. A peine repartie au boulot, Max est assaillie et la tête dans le guidon. Les trois enquêtes sont bien construites, elles réservent leurs surprises et rebondissements et si l'une ou l'autre n'est pas surprenante quant au non du ou de la coupable, c'est davantage la manière de parvenir au résultat qui est intéressante. D'abord, Sandrine Destombes dresse un contexte détaillé : la mafia russe ou le monde de l'intégrisme catholique qui n'ont de lien entre eux que parce que ce sont les mêmes enquêteurs qui s'y plongent. Puis, ses flics sont sympas, efficaces et pugnaces. Ils forment une équipe soudée qui abat un boulot de titan, évacue les mauvaises pistes pour trouver le détail qui les mènera sur les bonnes. Les rapports entre eux sont bien décrits et si Max bénéficie d'une plus grande mise en avant, ses collègues ne sont pas invisibles , même si leurs vies personnelles sont un peu entre parenthèses le temps des enquêtes délicates.

Le ton du polar oscille entre gravité et légèreté, comme dans la vie. Certaines réparties amènent le sourire, comme ce dialogue entre Max et son chef :

"-En gros, vous êtes en train de me dire que notre curé était un queutard qui cherchait à prendre la tête d'un mouvement catholique radical, c'est bien ça ?

- Je ne pensais pas l'écrire tel quel dans mon rapport, mais en gros, oui, c'est ça.

- Génial ! La prochaine fois que vous avez envie de m'achever, Tellier, tirez entre les deux yeux, ça ira plus vite. Quand je pense que l'Intérieur de voulait pas de remous. Avec les vagues que cette histoire va faire, la presse va pouvoir surfer toute l'année." (p.264)

Sandrine Destombes, dont j'ai déjà lu et chroniqué Le prieuré de Crest et Madame B, s'impose à moi comme une autrice de polar retorse, à l'imagination fournie et au talent certain pour raconter des histoires donc indispensable et ça tombe bien, j'ai son prochain roman qui m'attend.

PS : ce titre, initialement paru chez Nouvelles Plumes en 2016 et qui est la troisième aventure de la commissaire Maxime Tellier a été totalement réécrit pour cette édition.

Agnès Dumont, Dupuis

Weyrich

20,70
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2 novembre 2021

Retour du duo Staquet-Ben Mimoun, je pourrais même écrire du trio Staquet-Ben Mimoun-Dupuis, tant Clarisse Dupuis est présente et participe à la résolution de l'intrigue. Après Une mort pas très catholique, c'est à la fois heureux de se retrouver sur une même affaire et inquiets de la disparition d'Honorine que les deux amis débutent leurs investigations, forcément limitées car hors toute procédure. Et il nous est plaisant à nous aussi de les retrouver. La fougue de Clarisse, les hésitations et les échecs répétés de Paul quant à déclarer sa flamme à la jeune femme et le regard plein d'expérience et un peu goguenard de Roger face aux tergiversations de son ami, tout cela forme un roman policier très fréquentable qui, sur un ton décalé, humoristique, parvient à parler des réfugiés qui tentent tout pour passer de l'Europe -France et Belgique en tête- vers le Royaume-Uni, sorte d'Eldorado dans lequel ils trouveront ce qu'ils n'ont pas chez nous : des droits d'asile et de travail.

Le duo Agnès Dumont et Patrick Dupuis brouille les pistes en jouant avec les codes : les méchants ne le sont peut-être pas tant que cela, ou bien les plus méchants ne sont peut-être pas ceux auxquels nous penserions de prime abord, et les flics ne sont pas toujours aidés ni ne font les bons choix voire il leur arrive des mésaventures qui les empêchent d'arriver à l'heure H. Enfin, des rebondissements et des surprises qui font qu'on passe un très bon moment.